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L’art qui fait tache
01 / 08 / 2026
Agathe Gallo
Eva Parci Parla, de son vrai nom Eva Gauthier, est une street artiste qui s’émancipe des cases qu’on lui impose. Artiste pluridisciplinaire, elle navigue à la fois entre le collage, la peinture, le pixel art et la photographie.
Eva Parci Parla, de son vrai nom Eva Gauthier, est une street artiste qui s’émancipe des cases qu’on lui impose. Artiste pluridisciplinaire, elle navigue à la fois entre le collage, la peinture, le pixel art et la photographie.
Originaire d’un petit village près de Niort, elle quitte très tôt son environnement, à la recherche d’un endroit davantage dynamique, d’un chemin culturel plus développé avec plus de couleurs, de sons et de liens entre les cœurs. Elle pose une première fois ses bombes de peinture, sa faïence et ses pistolets à colle à La Rochelle avant d’atterrir à Poitiers où elle étudiera à l’IRTS (Institut régional du travail social). À l’image de son travail d’éducatrice spécialisée, sa pratique artistique est, elle aussi, au service de l’humanité.
Eva interroge, choque, interpelle et questionne une société qu’elle comprend parfaitement mais avec laquelle elle n’est pas toujours en phase. Pour elle, « le street art est un moyen d’expression sans filtre, c’est une mise à nu de l’artiste et de l’environnement dans lequel il grandit ». Dans un monde qui invisibilise les artistes femmes, d’autant plus lorsqu’elles sont racisées, son art n’a pas pour but de la rendre célèbre mais seulement de lui permettre de s’exprimer, de récupérer la parole.
Son art militant est féministe, politique et humaniste. Elle explique ne pas être plus une artiste que les autres, « à la base je n’ai pas de talents, je n’ai pas fait les Beaux-Arts et je n’ai pas suivi de formation de dessin, c’est juste qu’à force de faire et de persévérer, on s’améliore toujours ». Et si c’était ça la solution : faire. Ne pas attendre de correspondre à certains critères bien spécifiques pour se sentir légitime de créer, mais plutôt de créer pour œuvrer au changement que l’on veut voir opérer sans jamais demander l’autorisation à personne. On a souvent l’impression qu’il faut être quelqu’un pour se lancer. Et pourtant, Eva nous montre bien, au travers de son art, que nous sommes déjà tous et toutes quelqu’un et que même si parfois c’est dur, il faut occuper l’espace pour prendre la parole.
Le street art possède une particularité que les galeries ne peuvent offrir, cet art s’adresse à tout le monde et s’invite dans notre quotidien dans des endroits et à des moments où on ne l’attend pas. C’est en ça qu’il est percutant et qu’il pousse à la réflexion. Les plus de
200 œuvres d’art qu’elle a exposées dans les rues de Poitiers, au Togo, en Inde ou encore en Thaïlande permettent aux gens de s’exprimer à une plus petite échelle : en famille, au travail ou entre amis. Elle affirme « aimer faire tache », elle aime exposer où on ne l’attend pas.
L’art d’Eva Parci Parla, c’est parfois la phrase de trop qui fait vaciller les certitudes. La nécessaire tache d’encre qui vient rompre l’uniformité de la page blanche. Le grain de sable qui s’invite dans une mécanique trop bien huilée. C’est la voix qui s’élève lorsque tout le monde se tait, celle qui pousse à la réflexion, au débat. Peu importe que le monde adhère ou non à son message, tant qu’il suscite des réactions, Eva estime avoir atteint son objectif, celui de créer du dialogue et du lien.
Dans le cadre d’ateliers destinés à des jeunes femmes, Eva Parci Parla questionne la place des femmes dans l’espace public et plus largement leurs places dans la société. Pour elle, la transmission est quelque chose de très important. Elle explique que
« les jeunes femmes ont énormément de choses à dire. Elles ne sont pas assez écoutées » et que ces ateliers « permettent de parler dans un groupe de parole “safe”. S’exprimer en faisant de l’art dans la rue, ça leur permet une libération émotionnelle sans conséquence ».
Bien qu’elle transmette pour pérenniser et ancrer son combat, l’éphémère occupe tout de même un point important dans son art. Le temps a un impact sur les œuvres qu’elle expose dans la rue, ça les rend organiques, presque vivantes mais surtout vouées à disparaître. Cette fragilité fait partie intégrante du message. Une œuvre qui se décolore, qui se déchire ou qui est arrachée raconte une nouvelle histoire. Elle devient une interaction entre l’artiste, la ville et ses habitants. Pour Eva, la dégradation n’est pas forcément une destruction mais une forme de dialogue avec le public. Lorsque quelqu’un arrache une œuvre ou modifie une création, il participe malgré lui à son évolution.
L’éphémère possède une dimension profondément politique. Dans une société obsédée par la conservation, la performance et la rentabilité, accepter que l’œuvre disparaisse revient à privilégier l’expérience vécue plutôt que l’objet. Il est impératif de marcher la tête haute pour voir l’art dans la rue, au détour d’une rue, au milieu des passants juste le temps d’un instant, de sentir l’émotion, d’avoir une réflexion, d’en faire une discussion.