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L'interview de Club de Bridge

01 / 09 / 2025

Agathe Gallo

Son trait est reconnaissable entre mille : dessin en noir et blanc, poésie militante, fanzines pour mieux lutter… C’est ce que nous propose Club de Bridge, entre Marseille, Berlin et Poitiers. Avec son exposition « Fanzinaction » à la Fanzinothèque de Poitiers visible jusqu’au 6 septembre 2025,
Club de Bridge nous rappelle à quel point le fanzine est un outil de résistance, accessible à toutes et tous, pour s’exprimer et exister un peu plus.

Avec Club de Bridge, vous vous définissez comme une communauté, un projet ouvert qui développe une culture questionnant les luttes sous toutes leurs formes. Comment décririez-vous aujourd’hui Club de Bridge, entre sa création en 2019 et ce que le projet est devenu en 2025 ?

« Club de Bridge, on conçoit ça comme un espace qui travaille sur la dimension politique et artistique de la création contemporaine. On essaie de trouver des liens entre les luttes et la création contemporaine, pour voir comment les deux peuvent cohabiter. C’est-à-dire, par exemple, comment la création contemporaine peut donner des idées d’innovation au niveau des stratégies politiques à des groupes militants. Et aussi, ça nous paraît important d’investir des luttes au sein des institutions culturelles, et de faire en sorte que ces institutions aient un rôle social, voire politique, dans la cité. »

Club de Bridge mêle poésie, narration, dessin… toujours avec cette volonté d’évoquer des luttes. Quelle lutte souhaitez-vous particulièrement mettre en avant dans vos créations ?

« Il y a bien sûr les luttes écologistes, mais aussi et de manière très centrale pour nous, les luttes queers, qui nous touchent directement au travers de nos identités et nos orientations sexuelles. On a vraiment envie de créer une culture de résistance autour des luttes queers. D’essayer de donner des images, des dessins, des représentations de personnes qui font partie de ces luttes, pour essayer de se renforcer entre nous, de faire communauté, et de nous donner la force de continuer à lutter, et à être créatif·ves ensemble. Donc, dans cette exposition [Fanzinaction], encore une fois, on voit qu’on essaie de tirer des filiations entre des fanzines anciens, créés par des personnes issues du monde LGBT, et nos créations contemporaines. Et de voir comment on habite toutes et tous un même écosystème. »

La Fanzinothèque a proposé à Club de Bridge de venir habiter les lieux, de fouiller dans les archives de fanzines politiques et militants, et de les mettre en regard avec vos propres créations, elles aussi centrées sur les luttes. Comment s’est passée cette invitation ?

« Avec Club de Bridge, on est un collectif quand même affilié à Poitiers. On a l’habitude d’habiter la Fanzinothèque, d’y venir régulièrement. On a été en résidence au Confort Moderne ces dernières années, plusieurs fois. Ils nous ont invités parce qu’ils avaient envie d’une programmation qui parle de la dimension politique du fanzine. Et comme c’est un peu le travail qu’on mène depuis quelques années, on a été d’accord pour faire cette exposition.

Surtout, en fait, on a demandé à passer du temps ici, en résidence, pour aller dans les archives et voir ce que les personnes avaient fait avant nous. Il fallait absolument qu’on puisse lire ces matériaux, s’en inspirer, et réfléchir à comment, nous, on pouvait ajouter notre petite pierre à l’édifice de cette institution qui est quand même déjà mythique. Et dans ce fonds documentaire, on a essayé de choisir les fanzines qui nous touchaient particulièrement, tant sur le plan idéologique que graphique. »

Pendant votre résidence, il y avait cette volonté d’ouvrir l’espace à d’autres collectifs. Vous avez notamment accueilli FRAP, un collectif féministe de Poitiers, avec qui vous avez co construit un fanzine. Il y a eu là une véritable transmission autour de la fabrication de fanzines… ?

« Exactement. L’idée, en fait, c’était de leur donner les clés pour s’autonomiser vis-à-vis de la production de fanzines. Et de leur montrer que c’est très simple de faire un fanzine, qu’il faut juste une énergie collective, une intelligence qu’on met ensemble. On leur a donné un tremplin pour faire ce premier numéro. Et on espère qu’elles pourront continuer à développer leur pratique du fanzine, évoquer d’autres sujets, et qu’elles auront, en tout cas, la boîte à outils nécessaire pour faire ça de manière autonome. »

Interview et article réalisés par Agathe Gallo pour Quartier Libre, la Revue septembre-octobre 2025

Retrouvez l'intégralité de l'interview en cliquant sur ce lien !
https://youtu.be/7ZrqFmH2JN4?si=Xw54dbuA8pfTqVJU