Actualités → L’interview de Ludivine Gonthier
L’interview de Ludivine Gonthier
02 / 05 / 2026
Agathe Gallo
Bercée par l’art depuis toute jeune, Ludivine Gonthier a la peinture dans le sang, à chaque moment de sa vie, à chaque minute de son temps. Autoportraits, couleurs pop, grands formats : le tout se mêle avec passion et amusement. Après une enfance sur l’île de La Réunion, une adolescence à Orange et une formation aux Beaux-Arts de Paris, l’artiste peintre a choisi Poitiers comme nouveau terrain de jeu et de création.
Ce que j’essaie de montrer dans chaque peinture, chaque exposition, c’est cette énergie que j’ai en moi, qui est là et qui ne va pas s’arrêter.
Dès l’âge de 4 ans, tu avais déjà le pinceau à la main. Tu te souviens de ce qui t’a donné envie de peindre ?
Ludivine : « Le souvenir que j’ai, c’est une boîte de peinture avec une palette, et des médiums. Je ne comprenais pas trop ce que c’était, mais ça faisait un effet un peu brillant. Je me revois étaler ces médiums et prendre du plaisir simplement à ça. »
Aujourd’hui, qu’est-ce qui te fait autant vibrer dans la peinture ?
Ludivine : « J’adore ça. C’est très physique. C’est aussi pour ça que j’aime les grands formats : j’ai besoin d’y aller, d’en mettre partout, d’être dedans, de m’immerger complètement. J’aime les couleurs, ça se voit. J’aime le désordre, je n’aime pas quand c’est lisse, ça me stresse. J’aime quand ça grouille. »
Dans tes peintures, il y a beaucoup d’autoportraits. Mais finalement, qu’est-ce qui vient en premier ?
Ludivine : « Ce n’est pas que le sujet n’est pas important, mais ce qui compte surtout, c’est l’acte de peindre. Je ne me dis pas que cette toile sera un chef-d’œuvre ou une croûte, ça m’est égal. Ce qui est important, c’est faire. Pratiquer encore et encore.
J’ai besoin que ce soit rempli. Peut-être que c’est ça, le plein pour combler le vide, tout simplement. Sans la peinture, je m’ennuie profondément. Petite, mon père me disait : “Tu t’ennuies, tu n’as qu’à dessiner.” Et c’est resté. »
À quel moment tu considères qu’un tableau est un chef-d’œuvre ?
Ludivine : « Je crois que je le vois plutôt à travers la réception des autres. Moi, je ne sais pas trop. Mais il y a des tableaux où je me dis : « celui-là, il me ressemble bien. »
Par exemple, le dernier que je considère vraiment réussi, c’est le dressing1, parce que j’ai vraiment l’impression que c’est moi. C’est presque physique. Toute ma peinture me ressemble, mais ce tableau-là en particulier, je ne sais pas, il y a quelque chose de différent, aussi dans la manière dont j’ai abordé l’autoportrait. »
Ta mère est costumière. Est-ce que ça a influencé ton rapport aux couleurs et aux motifs ?
Ludivine : « Oui, clairement. Les motifs, les couleurs, il y en avait partout, tout le temps. On avait un accès totalement libre à son atelier, donc c’était chouette de pouvoir toucher sans se faire engueuler. On pouvait tout faire : toucher, créer, utiliser les machines. Ma mère faisait énormément de choses, et j’en prenais plein la vue. Ça a forcément nourri mon travail. »
Comment est arrivé le grand format dans ta pratique ?
Ludivine : « C’était aux Beaux-Arts de Paris. Je me suis un peu imposée en faisant du grand format, parce que j’avais envie de prendre de la place. Au début, ce n’était pas forcément un choix. C’était presque une obligation que je me suis mise pour trouver ma place. Et puis c’est devenu ce que j’aime faire. Je pense que ça vient aussi du graffiti que je faisais à La Réunion, où le grand format était déjà présent. »