ActualitésSarah Lipska, L’Art dans tous ses éclats

Sarah Lipska, L’Art dans tous ses éclats

28 / 07 / 2026

Agathe Gallo

Comme vous le savez peut-être, la genèse de Quartier Libre est née d’une phrase que nous entendons un peu trop souvent dans la bouche des Poitevin·e·s : « Il ne se passe jamais rien à Poitiers ». Une phrase toute simple que nous avons très envie de contredire grâce à notre média.

Ce fameux « Il ne se passe jamais rien à Poitiers », nous l’entendons toute l’année, mais dès l’arrivée de l’été, il semble se faire entendre encore plus fort. Alors, pour ce numéro spécial été 2026, nous vous avons concocté une revue qui vous invite à découvrir deux expositions éblouissantes,

entre le centre-ville de Poitiers et les faubourgs du Pont-Neuf, pour profiter pleinement d’un été empreint d’art et de culture. Après ces deux visites, vous ne pourrez plus dire qu’il ne se passe jamais rien à Poitiers.

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Cette  artiste  est merveilleuse, notamment par sa pluridisciplinarité.
Manon Lecaplain, directrice des musées de Poitiers.

Sarah Lipska, artiste polonaise du XXe siècle, fait partie de ces nombreuses artistes femmes dont les œuvres ont longtemps été effacées de l’histoire de l’art.

Depuis les années 1980, le musée Sainte-Croix mène un important travail de valorisation des artistes femmes. L’exposition consacrée à « La Musée : une collection d’artistes femmes » en 2024 donnait déjà le ton. Et cette nouvelle exposition intitulée « Sarah Lipska, l’art dans tous ses éclats » nous émerveille à nouveau en retraçant le parcours de cette artiste talentueuse.

Née en 1882 à Mława, en Pologne, Sarah Lipska s’installe à Paris en 1912, où elle vivra et travaillera jusqu’à sa mort en 1973. Dès 1986, le musée
Sainte-Croix accueillait déjà 82 œuvres de l’artiste. Ce fonds s’est enrichi en 2018 avec l’acquisition d’une pièce exceptionnelle témoignant de son activité de décoratrice d’intérieur, une facette largement oubliée de son parcours.

Comme le révèle l’exposition, Sarah Lipska impressionne par sa pluridisciplinarité : création textile, peinture, sculpture, décoration d’intérieur : ses oeuvres témoignent d’une créativité foisonnante et d’un talent certain. Le parcours thématique proposé par l’équipe du musée met en lumière chacune de ces disciplines tout en suivant le fil de sa vie, offrant aux visiteurs une véritable immersion dans son univers et son époque.

(c) Ville de Poitiers

Pour en savoir davantage sur cette rétrospective, nous avons rencontré Camille Belvèze, responsable des collections beaux-arts, arts décoratifs et ethnographie aux musées de Poitiers, ainsi que Manon Lecaplain, directrice des musées de Poitiers.

Qu’est-ce qui vous a le plus marquée dans le travail de Sarah Lipska ?

Cette  artiste  est merveilleuse, notamment par sa pluridisciplinarité. […] Elle est surprenante par son sens de l’innovation, de l’expérimentation et par la richesse de sa création. Alors qu’elle était reconnue en son temps, elle a pourtant été effacée de l’histoire de l’art. La photographe d’architecture Thérèse Bonney, très connue à l’époque, la qualifiait dans les années 1920 de principale femme artiste-décoratrice de Paris. Aujourd’hui, dans les ouvrages consacrés à cette question, son nom n’est même plus mentionné.
Manon  Lecaplain 

En quoi le musée Sainte-Croix et cette exposition en particulier contribuent-ils à la revalorisation des artistes femmes ?

Encore une fois, on voit à quel point cet effacement systémique a causé du tort aux artistes femmes. Une exposition consacrée à Sarah Lipska au musée
Sainte-Croix, en présentant toutes les facettes de sa production et en montrant à quel point elle était reconnue en son temps, notamment à travers des citations de presse, permet de rappeler qu’elle a été une artiste importante. Aujourd’hui, il est essentiel de la replacer dans l’histoire de l’art et de lui redonner sa place dans le paysage artistique français de la première moitié du XXe siècle.
Manon  Lecaplain
(c) Ville de Poitiers

Comment avez-vous travaillé le parcours thématique de cette exposition ?

Toutes les facettes de sa production sont représentées dans l’exposition à travers un parcours thématique. Une première section, qui sert d’introduction et qui présente la formation artistique de Sarah Lipska en Pologne. La deuxième section est consacrée au monde de la scène, puisqu’elle crée des costumes et des décors pour les ballets et le théâtre. La troisième section, qui est peut-être le noyau de l’exposition, voire son joyau, est consacrée à la mode. Le quatrième espace met en lumière les portraits peints et sculptés par Sarah Lipska. La cinquième section est consacrée aux expositions universelles. Pour une artiste, et plus encore pour une femme artiste à cette époque, il était très important de participer à ces manifestations. Enfin, la sixième section est dédiée à la décoration d’intérieur. C’est sans doute l’aspect le plus méconnu de la carrière de Lipska et pourtant celui dans lequel elle a fait preuve de la plus grande innovation. 
Camille Belvèze

Le musée Sainte-Croix est ouvert tout l’été, du mardi au dimanche, de 10h à 18h.
Exposition visible jusqu’au 27 septembre.